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Faire de la photo au début du 20e siècle

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Portrait retouché de Marie-Alice Dumont âgée d'environ 40 ans dans le studio d'Ulric Lavoie.

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1951 [fin des années 1920 - début des années 1930]Photographe: Photographe : Ulric Lavoie

Ce portrait de Marie-Alice est peut-être le plus soigné qui existe de la photographe. C’est Ulric Lavoie qui le prend alors que la photographe est en début de carrière. Envisage-t-elle d’utiliser ce portrait comme carte de visite professionnelle ou comme image promotionnelle? Lavoie a bien pris soin de retoucher la photo, surtout le visage qui, en y regardant de plus près, apparaît très lisse, presque parfait. Marie-Alice s’en trouve même rajeunie de quelques années! Elle sourit légèrement et porte son regard au loin, ce qui lui donne un air à la fois doux et sérieux et établit une certaine distance entre elle et l’observateur. Pour l’occasion, la photographe a revêtu un habit sobre, mais à la mode. Elle aime le porter quand elle se fait photographier en studio.

11 cm X 16 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d5524
Portrait retouché de Marie-Alice Dumont âgée d'environ 40 ans dans le studio d'Ulric Lavoie.
Photographe talentueuse, Marie-Alice Dumont est la première femme à avoir exercé ce métier au Bas-Saint-Laurent. Pourtant, son rêve n’était pas de devenir photographe. Ce chapitre raconte l’histoire de ses débuts et permet de replacer celle-ci dans le contexte de son époque.

Mlle Marie-Alice Dumont

1951 [probablement début des années 1930]Photographe: Photographe : Marie-Alice Dumont [autoportrait, ou Rosalie ou Elizabeth]

Cet autoportrait de Dumont est sans doute l’un des plus beaux que la photographe réalise. Elle est assise sur l’imposante mais élégante « chaise du Diable », ses pieds touchant à peine le sol. L’air sérieux, elle fait mine de lire un livre. Quelle image veut-elle renvoyer d’elle-même? Celle d’une femme sérieuse, éduquée, affairée.

9 cm X 16 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d5523
Autoportrait de Marie-Alice Dumont âgée d'environ 40 ans dans son studio, assise sur une grande chaise en bois et lisant un livre.

L09403

1926Photographe: Photographe : Ulric Lavoie

Sur cette photo de la famille Dumont prise par Ulric Lavoie, on remarque que les deux hommes de la fratrie sont placés bien en évidence, au centre de la photo. Joseph-Napoléon, le plus jeune des deux, est assis dans la première rangée, au centre, tandis que l’aîné, François, domine le groupe par sa grandeur et par son positionnement dans la deuxième rangée. Le père (Uldéric, à gauche) et la mère (Marie, à droite) sont bien entourés de leurs nombreuses filles. Marie-Alice est placée tout à droite, à côté de sa mère.

Rangée arrière, de gauche à droite : Anna, Marie-Louise, François, Marie-Jeanne, Marie-Claire.

Rangée avant, de gauche à droite : Albertine, Uldéric, Émilia, Elizabeth, Napoléon, Gabrielle. Berthe, Marie, Marie-Alice.

20 cm X 25 cmFonds Ulric Lavoie, MBSL, l09403
Portrait des 14 membres de la famille Dumont dans le studio d'Ulric Lavoie.

Marie-Alice naît en 1892 à Saint-Alexandre-de-Kamouraska, un petit village du Bas-Saint-Laurent, près de Rivière-du-Loup. Elle vit avec ses parents Uldéric et Marie, ses deux frères et ses onze sœurs sur la petite ferme familiale. Très unie, la famille Dumont vit des fruits du travail agricole.

Les Dumont mènent une vie semblable à celle de la grande majorité de leurs voisins, des cultivateurs canadiens-français pour la plupart. Comme ses frères et sœurs, Marie-Alice est élevée dans le respect scrupuleux des rites de la religion catholique.

II
Les années d’apprentissage

Au début du 20e siècle, tous les enfants du Québec ne vont pas à l’école. Plusieurs, filles comme garçons, ne fréquentent l’école de rang que quelques années, parfois seulement quelques mois, puis doivent la quitter pour aider leurs parents dans les tâches du quotidien. Cela dit, Uldéric et Marie sont en mesure de faire instruire leurs enfants.

Ainsi, Marie-Alice fréquente d’abord l’école de rang, puis le couvent du village. C’est une élève douée et appliquée. Adolescente et jeune adulte, elle fait même la classe à sa jeune sœur Berthe.

Dumont_15 ans

1907Photographe: Photographe : inconnu

Ce portrait est l’un des rares qui existent de Marie-Alice Dumont avant la vingtaine. On remarque une esthétique assez proche de celle que Dumont elle-même préconisera lorsqu’elle se retrouvera, quelques années plus tard, derrière l’objectif, dans son propre studio : le jet de lumière venant de la gauche adoucit le regard de la jeune femme et lui procure un aspect mystérieux; il accentue aussi le contraste déjà frappant entre le blanc du plastron montant et le noir du reste de la tenue, qui se fond presque dans le décor. Tout l’œil s’en trouve attiré vers le milieu de la photo, vers le visage du sujet. Marie-Alice s’en est-elle inspirée pour former ses propres portraits?

Collection personnelle de Daria Dumont
Portrait de Marie-Alice Dumont âgée d'environ 15 ans.

Dumont_18-20 ans

Environ 1910Photographe: Photographe : inconnu

Sur ce portrait, Marie-Alice est âgée d’environ 18 à 20 ans. À cette époque, c’est-à-dire autour de l’année 1910, elle est sur le point de partir pour le noviciat de Québec. Même si Marie-Alice n’a pu réaliser son rêve de devenir religieuse, on conserve d’elle, dans la famille, le souvenir d’une femme très pieuse et ayant tendance à arborer parfois des tenues dignes de la sobriété du costume d’une sœur.

Fonds Marie-Alice Dumont, Musée du Bas-Saint-Laurent, non inventorié
Portrait de Marie-Alice Dumont âgée d'environ 18 à 20 ans.
L’ambition première de Marie-Alice est de devenir religieuse, non pas photographe.

1900_Couvent Saint-Alexandre

Vers 1900Photographe: Photographe : inconnu

Le couvent de Saint-Alexandre-de-Kamouraska est fondé en 1881 par les Sœurs de la Charité. Cette photographie représente une vue éloignée de la façade du bâtiment, situé non loin de l’église du village. Voyez-vous la quinzaine de jeunes filles alignées sur la galerie? Il n’est pas impossible que Marie-Alice ait été du nombre. Du milieu du 19e siècle au milieu du 20e siècle, c’est dans des écoles comme celles-ci que des milliers de jeunes filles reçoivent une éducation post-primaire. À Saint-Alexandre, un milieu rural, les couventines y acquièrent les compétences nécessaires à la bonne tenue d’une maison (cuisine, couture et autres travaux manuels). On les prépare à devenir de bonnes épouses et de bonnes mères, ce qui peut sembler ironique étant donné que Marie-Alice Dumont ne se maria jamais. Les couventines du Québec peuvent également suivre des leçons avancées en géographie, en histoire et en calcul (entre autres), sans parler de la peinture, du dessin, de la musique et du chant qui y sont souvent pratiqués. Marie-Alice sort donc du couvent bien préparée pour obtenir un brevet d’enseignement.

Négatif sur verreFonds Les Sœurs de la Charité de Québec, BAnQ-Québec, P910,S3,D6,P17
Couvent de Saint-Alexandre-de-Kamouraska vu de face avec les élèves debout sur la galerie.

Après ses études à Saint-Alexandre, Dumont se rend au noviciat des Sœurs de la Charité de Québec, en 1913-1914, en vue de devenir religieuse enseignante. Mais cette vie n’est pas de tout repos. De santé trop fragile, Marie-Alice doit revenir au bercail après environ un an passé au noviciat. Que peut-elle faire, maintenant? Se marier? Cette perspective ne l’intéresse pas du tout! La jeune femme, âgée d’environ 20 ans, est à la recherche d’une autre voie.

Après ses études à Saint-Alexandre, Dumont se rend au noviciat des Sœurs de la Charité de Québec, en 1913-1914, en vue de devenir religieuse enseignante. Mais cette vie n’est pas de tout repos. De santé trop fragile, Marie-Alice doit revenir au bercail après environ un an passé au noviciat. Que peut-elle faire, maintenant? Se marier? Cette perspective ne l’intéresse pas du tout! La jeune femme, âgée d’environ 20 ans, est à la recherche d’une autre voie.

« Marie-Alice a vraiment, je pense, exercé son métier avec beaucoup de passion ».

Madeleine Marcil, historienne de l’art et de la photographie et photographe, raconte la petite histoire de Marie-Alice Dumont.

Les premières photographies 
de Marie-Alice

Joseph-Napoléon, le petit frère de Marie-Alice, perçoit-il dans la volonté d’autonomie et la sensibilité artistique de sa sœur deux qualités susceptibles d’en faire une photographe professionnelle? Marie-Alice se disant incapable de faire « de la grosse ouvrage », Napoléon voit-il dans la photographie un métier à la fois accessible et convenable pour sa sœur célibataire?

Quoi qu’il en soit, Napoléon, lui-même amateur de photographie, propose à Marie-Alice de se familiariser avec les techniques photographiques. En 1920, alors qu’elle est âgée de 27 ans, il lui prête un livre de photographie amateur et lui demande de l’étudier en vue des essais qu’ils feront ensemble l’été suivant. Ainsi débute l’apprentissage de Marie-Alice.

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1925Photographe: Photographe : Marie-Alice Dumont

Au tout début des années 1920, parents, amis et voisins se font photographier par Dumont dans un petit studio aménagé dans la maison familiale, dans le 5e rang. Celle-ci en est alors toujours dans une phase d’apprentissage du métier de photographe. Ici, trois enfants (deux cousines et un cousin probablement) lui servent de cobayes. Malgré la mise en scène, l’absence d’une toile de fond et l’environnement domestique (le mur fait de lattes de bois, la fenêtre voilée de rideaux, la chaise de trop à gauche, les cadres, les jouets) donnent à ce portrait l’apparence d’un instantané.

11 cm X 7 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d1177
Portrait de deux jeunes filles et d'un petit garçon assis des chaises en bois dans un environnement domestique.

Au début des années 1920, elle apprend à manier son appareil Kodak. Elle le traîne partout avec elle. La jeune photographe réalise ses premiers portraits de clients dans la petite maison familiale. Elle y installe alors, au rez-de-chaussée, un grand rideau en guise de fond de scène. À l’extérieur, elle s’aiguise l’œil en photographiant des paysages. Plus facile à dire qu’à faire, car il faut savoir composer avec les aléas de la lumière naturelle…

Parfois, Marie-Alice demande aux gens de son entourage de prendre la pose pour elle. Elle aime particulièrement photographier les membres de sa famille dans leurs activités du quotidien. Très débrouillarde, elle développe ses premières photos dans le grenier de la petite cuisine d’été de la maison familiale, avec l’équipement fourni par Napoléon.

III
La photographie à l'époque de Marie-Alice Dumont

Marie-Alice Dumont, née en 1892 et décédée en 1985, a vécu à une époque de changements constants dans le monde de la photographie. Ce procédé devient accessible aux amateurs grâce, notamment, à l’invention de petits appareils portables et des pellicules photographiques. La photo couleur est aussi devenue une réalité, bien que Marie-Alice n’utilise pour sa part que le noir et blanc. L’électricité, qui fait son entrée dans la plupart des villages du Québec au courant de la première moitié du 20e siècle, vient également changer la manière de travailler de notre photographe.

La société québécoise connaît aussi des bouleversements importants. Entre autres, les femmes sont plus nombreuses à intégrer le marché du travail et s’impliquent davantage dans la vie politique.

La vidéo et la ligne du temps ci-bas permettent de situer Marie-Alice Dumont dans le contexte de son époque et dans la longue histoire de la photographie.

« Aller chez le photographe, c’était comme une sorte de rituel. On voulait officialiser les grandes étapes de la vie ».

Lucie Bureau, historienne de l’art et de la photographie, raconte la petite histoire de la photographie à l’époque de Marie-Alice Dumont.

1838_Daguerre

Environ 1838Photographe: Photographe : Louis-Jacques Mandé Daguerre

Cette photographie d’un boulevard de Paris est considérée comme l’une des toutes premières sur laquelle apparaît une personne vivante. En effet, si on l’observe bien, on peut apercevoir en bas, à gauche, une personne debout qui semble profiter des services d’un cireur de chaussures. Comment expliquer que ce lieu très fréquenté de la capitale française ne grouille pas de monde? Le temps de pose très long (plusieurs minutes) que nécessite le procédé du daguerréotype expliquerait peut-être que seule la silhouette de ce client, qui doit rester longtemps immobile pour que le cireur puisse bien faire son travail, ait été immortalisée sur le cliché.

Wikimedia Commons, Domaine public
Vue du Boulevard du Temple à Paris en 1838 pris d'une quinzaine de mètres de hauteur.
1839

Annonce de l'invention de la photographie: le daguerréotype

À la fin de l’été 1839, Louis Jacques Mandé Daguerre (1787‑1851) annonce l’invention de son procédé photographique, développé avec Nicéphore Niepce (1765‑1833). On a peine à s’imaginer, aujourd’hui, le retentissement de l’affaire. Selon l’historien Michel Lessard, l’événement est « comparable à l’annonce de l’homme qui met le pied sur la Lune pour la première fois ». Cette invention suscite une fascination totale! Les daguerréotypes étant impossibles à reproduire, chaque photographie est unique. Soigneusement encadrés, ce sont des objets aussi précieux que des tableaux de grands maîtres. Pierre-Gustave Joly de Lotbinière sera le premier Canadien à en réaliser, et ce, dès l’automne 1839, lors d’un voyage qui le mènera de New York jusqu’au Proche-Orient.

 

1841_Quebec Mercury

10 août 1841Photographe: The Quebec Mercury

Il est difficile aujourd’hui de concevoir la fascination qu’a exercée l’invention de la photographie au 19e siècle. L’image photographique ne représente-t-elle pas la réalité beaucoup plus fidèlement que ne peut le faire une peinture ou un dessin? L’art sera-t-il à jamais surpassé par la photographie? Sur cette annonce de Mrs. Fletcher, on peut notamment lire que le daguerréotype est une sorte de « dessin de la nature » aussi « parfait que puisse le concevoir l’imagination ». De même, on présente le daguerréotype comme une preuve de la supériorité de l’œuvre de Dieu et de la nature sur la création humaine.

BAnQ, Domaine public
Annonce dans un vieux journal dans laquelle est notamment écrit "Mrs. Fletcher Professor and Teacher of the Photogenic Art".
1841

Mrs Fletcher, première photographe au Québec

En août 1841, Mrs Fletcher, une Américaine, publie dans le Quebec Mercury la première annonce d’un studio de photographie au Québec. La première personne à exercer la photographie de manière professionnelle au Québec est donc une femme! Mrs Fletcher se déplace beaucoup : en juillet 1841, elle offre ses services en Nouvelle-Écosse et à l’automne de la même année, on la retrouve à Montréal, où elle ne reste que quelques mois avant de retourner aux États-Unis. En plus de son statut de pionnière au Québec, Mrs Fletcher est considérée comme la toute première femme photographe (daguerréotypiste) dans toute l’Amérique du Nord.

1885-1887_Eugénie Pilon (Gagné)

1885-1887Photographe: Photographe : Eugénie Pilon (Gagné)

Ce portrait a été réalisé à Montréal, au milieu des années 1880, par Mme Gagné, aussi appelée Eugénie Gagné ou Eugénie Pilon (d’après son nom de jeune fille). Photographe professionnelle, elle travaille avec son mari Édouard Gagné, photographe lui aussi, avec qui elle possède trois studios à Montréal. Elle produit des portraits dits « cabinet », très semblables à des cartes de visite, mais d’un format un peu plus grand.

13,6 cm X 10,1 cmCollection Allard, Musée McCord Stewart, M2017.46.2.2770
Portrait d'une jeune femme en studio imprimé dans un format carte de visite et sur laquelle est inscrit "Mad Ed. Gagné Photo.".
1854

Invention de la carte de visite

Eugène Disdéri (1819‑1889), photographe français, profite d’avancées techniques récentes pour inventer et commercialiser la carte de visite. Sur ces cartes de visite, un portrait petit format est collé sur un bout de carton de la dimension d’une carte à jouer. La présentation est généralement très soignée. Cette nouveauté remporte un succès immense. On se met à collectionner des cartes de célébrités, mais aussi de gens ordinaires, un peu comme on le fait aujourd’hui avec les cartes de hockey ou de baseball. En famille et entre amis, on se les offre et on se les échange à volonté, de sorte que cette invention contribue à faire entrer la photographie dans le quotidien de tout un chacun. Les cartes de visite sont alors si populaires que certains spécialistes les considèrent aujourd’hui comme les ancêtres de nos médias sociaux.

Notman_Groupe Findlay

1876Photographe: Photographe : Wiliam Notman

En 1876, le studio Notman de Montréal compte 52 employés. De ce nombre, neuf sont des femmes. Sur ce portrait de groupe pris, justement, en 1876, on compte huit femmes employées au studio. La neuvième recensée dans les archives de l’entreprise se trouve-t-elle derrière l’appareil photo?

10 cm X 13,8 cmMusée McCord Stewart, II-24323.1
Portrait en studio d'un groupe de huit femmes habillées à la mode victorienne
1856

Ouverture du studio Notman à Montréal

C’est en 1856 que le célèbre studio de William Notman ouvre ses portes à Montréal. Plusieurs femmes y travailleront au fil des ans, leur nombre variant toutefois d’une année à l’autre. Par exemple, en 1864, un employé sur 29 est une femme, alors qu’en 1875, la gent féminine compte pour plus de la moitié du personnel (18 femmes sur 35 employés). Cependant, aucune d’entre elles n’est engagée comme photographe. Comme l’a montré l’historienne Colleen Skidmore, les tâches qu’elles accomplissent sont plutôt de nature technique et artistique. On les affecte au développement dans la chambre noire, à l’impression ou à la retouche. Elles s’occupent, en outre, des ventes et de l’accueil des clients.

Employées Livernois

1899Photographe: Photographe : soeur Marie-de-l'Eucharistie (Elmina Lefebvre)

Peu de portraits existent des femmes employées dans les studios de photo au Québec, au 19e siècle. Celui-ci, qui montre deux jeunes travailleuses du studio Livernois de Québec, est précieux. Que faisaient-elles dans le studio? Accueillaient-elles la clientèle? Travaillaient-elles dans la chambre noire? S’occupaient-elles de la retouche? Leur arrivait-il de manier l’appareil? Quoi qu’il en soit, selon l’historienne Colleen Skidmore, Élise L’Heureux Livernois et ses deux jeunes employées ont produit un portrait de grande qualité : grâce à un habile éclairage, tant les couleurs et les textures des robes que la pâleur et les détails des visages ressortent clairement.

Négatif sur verreFonds Les Soeurs de la Charité de Québec-Québec, BAnQ-Québec, P910,S1,D4,P74
Portrait de deux jeunes femmes en robes foncées en studio dont l'une est debout et l'autre assise devant et tenant un livre dans ses mains.
1865

Élise L'Heureux Livernois devient propriétaire

Après la mort de son mari Jules-Isaïe Livernois (1830‑1865), Élise L’Heureux Livernois (1827‑1896) devient propriétaire du célèbre studio de photographie Livernois à Québec. Elle a de l’expérience puisqu’elle a déjà participé à l’établissement d’un premier studio en 1854. Élise Livernois œuvre comme photographe pendant 20 ans, soit jusqu’en 1874. Pendant tout ce temps, elle joue un rôle central dans les opérations du studio, une rareté pour une femme de son époque. En effet, on estime (au minimum) qu’au début des années 1860, une vingtaine de femmes seulement étaient photographes en Ontario. Au Québec, en 1891, elles auraient été environ une vingtaine à tenir un studio. Enfin, au Canada, pour l’ensemble du 19e siècle, on estime à 200 le nombre de femmes à avoir tenu un studio de photographie.

1888_Catalogue Kodak

1888Photographe: The Eastman Dry Plate and Film Co.

Cette image est celle de la page couverture d’un des premiers catalogues produits par la Eastman Dry Plate and Film Company de New York. Paru en 1888, il met de l’avant une invention de George Eastman qui allait changer à jamais le monde de la photographie par sa simplicité : le Brownie. Dans les premières lignes de la première page du catalogue, on peut lire : « Quiconque peut remonter une montre peut utiliser un appareil Kodak ».

The Digitized Kodak Catalog Project
Page couverture d'un magazine sur laquelle est inscrit "The Kodak Camera" et sur laquelle deux mains tiennent un petit appareil photo de forme rectangulaire.
1888

Mise en marché du premier Kodak

Avec la mise en marché du tout premier Kodak, en 1888, le monde de la photographie connaît une véritable révolution. Après l’avènement du papier albuminé (inventé en 1847) qui a permis la multiplication des photographies, voici venue la révolution des appareils portatifs qui permet la multiplication des photographes! En effet, le Kodak, avec son format compact, met dès lors la photographie à la portée de tout le monde. C’est du moins ce que suggère le slogan de la compagnie américaine : « You press the button, we do the rest » (« Appuyez sur le bouton, nous ferons le reste »). Kodak s’occupe même de développer les photographies. Plus besoin de s’embarrasser d’une chambre noire! Kodak dominera presque totalement l’industrie de la photographie jusque dans les années 1930.

Album famille

2023Photographe: Photographe : Jean-François Lajoie

Cet album de photographies appartient à la famille Dumont. Dans celui-ci, des portraits de studio côtoient des instantanés qui, entre autres, documentent le quotidien des Dumont. On y trouve aussi plusieurs photos des installations de pêche à la fascine de Flavius Ouellet et d’Émilia Dumont sur l’île aux Patins, en face de Kamouraska.

Fonds Marie-Alice Dumont, MBSL, non inventorié
Deux pages d'un album contenant onze photographies de membres de la famille Dumont pris en plein air ou devant une maison.
1892

Naissance de Marie-Alice Dumont

Marie-Alice Dumont naît à Saint-Alexandre de Kamouraska le 10 octobre 1892. À cette époque déjà, l’image photographique est quasi omniprésente. Même chez les Dumont, qui vivent pourtant dans un milieu rural éloigné des grands centres urbains (où se concentrent les studios de photographie), des portraits de famille sont rassemblés dans des albums transmis de génération en génération. Cela dit, la petite Marie-Alice ne se doutait probablement pas que la photographie occuperait une place aussi importante dans sa vie! Au moment de sa naissance, les femmes photographes ne représentent qu’environ 7 % des propriétaires de studio au Québec.

Studio Belle_bl0239

1894-1990 [entre 1894 et 1914]Photographe: Photographe : Stanislas Belle

À l’âge de 15 ans, Stanislas Belle émigre aux États-Unis avec ses parents. Après un bref retour à Montréal, Belle, attiré par le métier de photographe, part à New York se former. Il exerce par la suite à Saint-Jean-sur-Richelieu, sa ville natale, à la fin des années 1880, puis s’installe à Rivière-du-Loup en 1894, attiré probablement par l’effervescence touristique de l’endroit. Cette photo montre la devanture de son commerce. Belle est un portraitiste de grand talent, reconnu à l’échelle nord-américaine. Il produit aussi des cartes postales et documente les nombreux changements que connaît Rivière-du-Loup au tournant du 20e siècle. À l’âge de 50 ans, Belle délaisse la photographie pour se consacrer à la vente d’instruments de musique.

25 cm X 20 cmFonds Belle-Lavoie, MSBL, bl0239
Vue de la façade du studio de Stanislas Belle devant lequel pose un couple assis dans une calèche tirée par un cheval blanc
1894

Ouverture d'un premier studio de photo dans le Bas-Saint-Laurent

Stanislas Belle (1864‑1936) ouvre le premier studio professionnel de photographie du Bas-Saint-Laurent, à Fraserville (Rivière-du-Loup). À cette époque, le Québec compte environ 280 photographes ayant pignon sur rue, dont environ 20 sont des femmes. C’est l’apprenti de Belle, Ulric Lavoie, qui, trois décennies plus tard, aidera Marie-Alice Dumont à perfectionner ses techniques photographiques.

1926_Gadmer_Fleuve

16 juin 1926Photographe: Photographe : Frédéric Gadmer

Cette photographie par procédé autochrome a été prise dans le cadre d’une mission de documentation commanditée par le banquier et philanthrope français Albert Kahn. Kahn (1860-1940), soucieux de préserver des images fidèles du monde des humains avant qu’il ne « disparaisse », engage des photographes pour constituer les « Archives de la Planète ». Ces derniers sillonnent ainsi la Terre, équipés d’appareils photo et de caméras vidéo. Frédéric Gadmer est l’un de ceux qui s’arrêtent au Canada, en 1926. Il photographie, entre autres, certains lieux emblématiques de l’Ouest canadien. Il s’arrête également dans ce qu’on appelle alors la « Belle province » pour prendre des vues des villes de Montréal et de Québec, entre autres. Son périple l’amène aussi à naviguer sur le fleuve Saint-Laurent à bord du Melita. Il y trouve alors l’occasion d’immortaliser l’un des fameux couchers de soleil qu’offre à voir le Saint-Laurent.

AutochromeMusée départemental Albert-Kahn, A49461
Coucher de soleil sur le fleuve Saint-Laurent.
1907

Commercialisation de l'autochrome

En 1907, les frères Louis et Auguste Lumière mettent sur le marché le premier procédé de photographie couleur — l’autochrome — qui connaît un véritable succès commercial. Le coup de génie des frères Lumière? L’utilisation de fécule de pomme de terre! Une fois réduite en fines particules, la fécule est teintée en bleu, rouge et vert, puis étendue sur une plaque de verre rendue photosensible par une émulsion. Ainsi apprêtée, la mixture à base de « patate » permet de capter et de filtrer la lumière. En simplifiant la prise de photo couleur, les frères Lumière changent à jamais le monde de la photographie en augmentant considérablement son potentiel esthétique et commercial. Bien que l’autochrome soit le procédé en couleur le plus répandu jusqu’à la fin des années 1930, y compris au Québec, Marie-Alice Dumont ne l’utilise jamais. Elle se contente du noir et blanc, comme la majorité des photographes, d’ailleurs.

Noviciat_élèves peinture

1897Photographe: Photographe : soeur Marie-de-l'Eucharistie (Elmina Lefebvre)

On aurait facilement pu imaginer Marie-Alice Dumont parmi ces élèves du noviciat des Sœurs de la Charité de Québec, si ce n’est qu’elle fréquenta l’établissement une quinzaine d’années après la prise de ce portrait. Toutefois, comme les élèves photographiés ici, Dumont suivit des cours de peinture et de dessin avec les sœurs alors que soeur Marie-de-l’Eucharistie (Elmina Lefebvre) était responsable des ateliers de peinture et de photographie.

Négatif sur verreFonds Les Soeurs de la Charité de Québec, BAnQ-Québec, P910,S1,D3,P46
Un groupe de treize élèves montrant chacune un tableau réalisé en classe de peinture.
1913-1915

Marie-Alice Dumont séjourne au noviciat des Soeurs de la Charité de Québec

Alors qu’elle est âgée d’environ 20 ans, Marie-Alice Dumont séjourne chez les Sœurs de la Charité de Québec. Elle souhaite devenir religieuse enseignante. À cette époque, les effectifs des communautés religieuses au Québec sont en pleine croissance: alors qu’il y a déjà plus de 8 600 prêtres, frères et soeurs dans la province en 1901, ils seront un peu plus de 25 000 en 1931. C’est beaucoup! Entrer en religion est, en fait, une voie naturelle, même honorable, pour bien des jeunes filles comme Marie-Alice. Certaines y voient peut-être une alternative au mariage, d’autres, une manière d’acquérir une relative autonomie. Cela dit, on ne peut pas nier la passion religieuse qui anime beaucoup d’entre elles à cette époque. En effet, bon nombre espèrent faire œuvre utile en se consacrant à l’une des missions sociales prises en charge par l’Église catholique (en santé ou en éducation surtout). De nos jours, on a peine à s’imaginer toute l’importance que les Québécoises et Québécois d’il y a cent ans accordaient à la religion catholique. Il n’y a pas à douter que la décision de Marie-Alice d’entrer chez les Sœurs fut chaudement accueillie chez les Dumont.

l01532a

1916Photographe: Photographe : Ulric Lavoie

À l’été 1914, la Première Guerre mondiale éclate. Par un jeu complexe d’alliances entre les grandes nations européennes, le Canada, alors toujours attaché à la Grande-Bretagne, entre lui aussi en guerre. Avant la conscription de 1917, plusieurs milliers de Canadiens s’engagent d’eux-mêmes dans l’armée. Philippe-Auguste Piuze est l’un de ceux-là. Né en 1888 à Fraserville, aujourd’hui Rivière-du-Loup, Piuze occupe durant la guerre (1914-1918) les fonctions d’officier recruteur au Bas-Saint-Laurent et en Gaspésie. Il lève également un bataillon avec lequel il se rend combattre outre-mer, en 1916. Cette même année, le nouveau lieutenant-colonel se rend chez Ulric Lavoie avec sa femme Anita Chassé et leurs enfants pour une séance photo. Piuze a-t-il apporté ce portait avec lui au front? Voulait-il plutôt laisser un beau souvenir de lui à sa famille, au cas où l’impensable devait se produire? Heureusement, Piuze revint indemne de la guerre et mena une longue vie. Lui, Anita et leurs enfants revinrent même se faire photographier chez Lavoie! À sa mort, en septembre 1967, Piuze fut décrit comme « un militaire canadien-français de grand style, entièrement dévoué à ses devoirs militaires, familiaux et religieux ».

25 cm X 20 cmFonds Ulric Lavoie, MBSL, l01532A
Portrait en studio d'une famille assise à table comprenant trois jeunes enfants et dont le père est en habits de militaire.
1914-1918

Première Guerre mondiale

Entre 1914 et 1918, la Première Guerre mondiale déchire les nations d’Europe. Y participent entre autres les États-Unis et le Canada. Or, l’envoi massif d’hommes au front, conjugué à l’augmentation de la production de biens industrialisés pour mener la guerre, rend nécessaire l’intégration des femmes sur le marché du travail. Elles sont donc des dizaines de milliers, au Québec seulement, à occuper des emplois rémunérés, notamment dans les usines. La Guerre ne semble pas avoir ralenti l’intégration des femmes en photographie. En 1901, les femmes photographes comptent pour environ 11 % de la profession, tandis qu’elles sont 15 % environ en 1931. Elles occupent, donc, une place toujours grandissante dans le métier.

d1332

1923-1928 [pas avant l'automne 1926]Photographe: Photographe : Marie-Alice Dumont

Ce portrait de Marie-Alice Dumont (tout en haut) accompagnée de sa jeune sœur Elizabeth (à gauche) et de trois autres jeunes filles est l’un des tout premiers pris sur le perron du nouveau Studio Dumont. On y voit clairement l’enseigne du commerce, sur laquelle est inscrit : « Melle M.A. Dumont Photographe Kodaks et Films ».

7 cm X 11 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d1332
Un groupe de cinq femmes dont une fillette et Marie-Alice Dumont sur le perron du Studio Dumont avec sur la façade de la maison un écriteau sur lequel est inscrit "Melle M.A. Dumont Photographe Kodaks et Films".
1926

Ouverture du Studio Dumont

À l’automne 1926, la famille Dumont déménage dans le centre du village de Saint-Alexandre-de-Kamouraska. Avec l’appui de ses parents, Marie-Alice y fait installer au rez-de-chaussée un studio de calibre professionnel et une immense fenêtre qui lui permet d’utiliser la lumière naturelle pour ses portraits. Marie-Alice débute ainsi une longue carrière et devient du même coup l’une des premières femmes photographes professionnelles dans tout l’est du Québec. Elle n’est cependant pas la seule dans la province : à l’époque où débute sa carrière, environ 15 % des photographes au Québec sont des femmes.

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1932Photographe: Photographe : Marie-Alice Dumont

La crise économique des années 1930 constitue une période de chômage si élevé et de privations si importantes, au Canada, que « les gens hésitaient à assumer les responsabilités financières et sociales du mariage ». En effet, comme le montre une étude de Statistique Canada, les mariages diminuèrent beaucoup au pays entre 1928 et 1932, passant de 7,5 à 5,9 par tranche de 1 000 habitants durant cette période. Quelle place l’incertitude ou l’inquiétude occupait-elle dans l’esprit de ces jeunes mariés lorsqu’ils se firent photographier par Marie-Alice Dumont, en 1932?

10 cm X 15 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d7688
Portrait d'un couple marié en studio et dont la femme tient un bouquet de fleurs à la hauteur de sa poitrine.
Décennie 1930

Des années de crise

Le jeudi 24 octobre 1929, la bourse de New York s’effondre. S’ensuit dans les pays occidentaux une crise économique et sociale dont les effets se font sentir jusqu’au début de la Deuxième Guerre mondiale. Le Québec n’y échappe pas : le chômage se répand dans la province, entraînant son lot de misère sociale. Au Canada, en 1933, au plus fort de la crise, c’est 30 % de la population qui n’a pas d’emploi. Sans surprise, les commandes pour Marie-Alice Dumont se font moins nombreuses au début des années 1930. Toutefois, la photographe ne semble jamais manquer totalement de travail : même en pleine crise, des gens trouvent encore quelques sous à investir dans un beau portrait de studio.

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1934-1939Photographe: Photographe : Marie-Alice Dumont

À l’approche de la Seconde Guerre mondiale et pendant celle-ci, de nombreux soldats viennent se faire photographier au Studio Dumont. Jos Michaud (ou « Ti-Jos »), peintre de métier, est l’un de ceux-là. Au tournant des années 1940, il vient plusieurs fois se faire photographier seul (en habit civil, puis en tenue militaire). Il vient aussi accompagné de Mlle Alice Sirois (sa copine?) et, à d’autres occasions, d’Alexandre Dolbec, aussi appelé « le zoute à Dolbec » (un ami?). Jos Michaud sent-il l’urgence de la situation?

9 cm X 15 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d1383a
Portrait en buste d'un jeune homme en habits de militaire dans un décor dépouillé.
1939-1945

Deuxième Guerre mondiale

Durant la Deuxième Guerre mondiale, les femmes investissent de nouveau en grand nombre le marché du travail. En 1941, près d’une femme sur cinq est salariée, comparativement à environ une sur dix en 1901. Les domestiques, institutrices, travailleuses du vêtement, commis-vendeuses, employées de bureau, par exemple, se comptent par dizaines de milliers. Durant cette période et dans l’après-guerre, la place des femmes se confirme dans toutes sortes de milieux de travail, au Québec comme ailleurs. Les femmes travaillant comme photographes ou en photographies sont toujours plus nombreuses depuis le tournant du 20e siècle. Mais, en ce milieu de siècle, elles demeurent relativement peu nombreuses comparativement aux hommes.

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1963-1902 [sic]Photographe: Photographe : René Marmen

Entre 1960 et 1966, les libéraux de Jean Lesage sont au pouvoir au Québec. Cette période est souvent associée à la Révolution tranquille. Sous la houlette de l’administration Lesage, d’importantes réformes politiques, économiques, sociales et culturelles sont alors apportées au sein de l’appareil étatique québécois. Il s’agit d’une époque généralement associée à une période d’émancipation des femmes. À titre d’exemples : Marie-Claire Kirkland-Casgrain est élue comme première députée à l’Assemblée législative en 1961, les femmes obtiennent un accès égal aux hommes à l’éducation supérieure avec la création du ministère de l’Éducation en 1963, et le projet de loi 16 de 1964 confère aux femmes mariées la pleine capacité juridique. Est-ce au nom de l’émancipation que toutes ces femmes offrent leur support au Parti libéral et se rassemblent à Rivière-du-Loup, en 1963?

12 cm X 10 cmFonds René Marmen, MBSL, ma17785
Groupe de femmes élégamment vêtues rassemblées dans une bibliothèque et dont l'une, à l'avant-plan, est en chaise roulante.
1940

Obtention du droit de vote pour les femmes au Québec

Le 25 avril 1940, le droit de vote est accordé aux Québécoises. De toutes les femmes au Canada, ce sont les dernières à obtenir ce droit au palier provincial. La journaliste et suffragette Idola Saint-Jean avait eu raison, en 1930, lorsqu’elle écrivait : « Il est aussi impossible aux législateurs de Québec de refuser aux femmes leurs droits justes et légitimes que d’arrêter les Chutes du Niagara ». L’implication des femmes québécoises dans la vie politique ira grandissante au milieu du 20e siècle, comme l’illustre cette photo d’un rassemblement de femmes libérales prise en 1963 par Paul Marmen, photographe de Rivière-du-Loup.

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1920-1961 [probablement 1950]Photographe: Photographe : probablement Lucille Bérubé

Ce portrait a été pris vers le tournant des années 1950, donc vers la fin de la carrière de Marie-Alice Dumont. Il semble faire partie d’une série de portraits réalisés en compagnie de Lucille Bérubé, qui fut son assistante pendant une dizaine d’années (elle quitte le studio en 1957). Les deux femmes préparent-elles leurs souhaits de Noël pour la famille et pour la clientèle?

4 cm X 6 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d7119a
Portrait de Marie-Alice Dumont âgée d'environ 60 ans devant sa maison en hiver.
1961

Marie-Alice Dumont prend sa retraite

Au début des années 1960, des ennuis de santé obligent Marie-Alice Dumont à prendre sa retraite. Sa carrière s’arrête avant que ne surviennent de nouveaux bouleversements dans le monde de la photographie.

D’une part, la pratique personnelle de la photographie amateur continue de se développer à la faveur d’appareils portables toujours plus faciles à utiliser, comme l’appareil instantané de Polaroïd (inventé en 1948). Les gens se rendent donc moins souvent chez le photographe. Ce n’est sans doute pas un hasard si l’on remarque une relative baisse des commandes pour Marie-Alice Dumont dans ses dernières années de pratique.

D’autre part, la création des cégeps en 1967 et, dans la foulée, de programmes d’études en photographie fait en sorte que les photographes professionnels du Québec ne forment plus d’apprentis.

Enfin, le bouillonnement culturel, politique et social des années 1960, ici comme ailleurs, entraîne un essor remarquable des pratiques photographiques, notamment sur le plan artistique et documentaire. Le monde dans lequel vit Marie-Alice change beaucoup, mais son œil de photographe n’aura pas l’occasion de le capter.

IV
La photographie au Bas Saint-Laurent

Durant la seconde moitié du 19e siècle, des photographes itinérants parcourent les régions du Québec avec tout leur attirail encombrant. Il faut les imaginer trimbaler leurs laboratoires mobiles, tirer pas des chevaux! Heureusement pour elle, lorsque Marie-Alice commence sa carrière, au milieu des années 1920, la photographie commerciale de studio est pratiquée depuis déjà 40 ans dans la région de Rivière-du-Loup et du Kamouraska. Elle profite ainsi de l’exemple de quelques prédécesseurs, en particulier de Stanislas Belle et d’Ulric Lavoie. Elle demeure, cela dit, la seule femme exerçant ce métier dans ce coin du Québec.

« Marie-Alice Dumont, c’était vraiment un cas exceptionnel dans la région ».

Quelle place occupe Marie-Alice Dumont dans l’histoire de la photographie au Bas-Saint-Laurent? C’est la question à laquelle répond l’historien Olivier Guimond.

Stanislas Belle

Stanislas Belle (1864-1936) est le premier photographe professionnel à tenir studio à Fraserville (Rivière-du-Loup). Le studio Belle ouvre en 1894 et reste, jusqu’en 1914, entre les mains de son fondateur.

Formé à New York, Belle exerce d’abord son métier dans sa ville natale, Saint-Jean-sur-Richelieu, puis à Montréal avant de s’établir dans le Bas-Saint-Laurent, là où la villégiature fleurie. D’une certaine façon, il pave la voie à l’arrivée de Marie-Alice Dumont, quelques décennies plus tard.

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Entre 1894 et 1914Photographe: Photographe : Stanislas Belle

En plus d’avoir été photographe, Stanislas Belle fut conseiller municipal, marguillier et membre fondateur de la Chambre de commerce de Rivière-du-Loup. Une rue lui est consacrée dans la ville depuis 2008.

Fonds Stanislas Belle, MBSL, b20125
Portrait en buste de Stanislas Belle âgée d'environ 30 ans dans un décor dépouillé en studio.

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1908Photographe: Photographe : Stanislas Belle

Il arrive que Stanislas Belle reçoive dans son studio… des sportifs! Par exemple, les clubs de hockey des environs de Rivière-du-Loup vont s’y faire photographier. Cela vous surprend-il? Après tout, le hockey est déjà un sport très populaire au début du 20e siècle. Mais ce portrait de George Lepage évoque la popularité grandissante d’un autre sport : la boxe. Pratiquée depuis les années 1820 au Québec, la boxe fut l’objet de réprobation pendant la majeure partie du 19e siècle : elle était considérée comme trop violente par les autorités civiles et bien peu morale par l’Église. Il faut dire que les boxeurs furent longtemps reconnus comme étant des voyous. Il arrivait même que la foule fasse dégénérer le combat en bagarre générale… Toutefois, quand George Lepage prend la pause devant la caméra de Belle, la boxe est depuis quelques décennies encadrée par des règlements plus stricts, ce qui rend plus acceptable le « noble art ». Malgré ses poings nus sur la photo, le boxeur devait donc porter des gants sur le ring. D’ailleurs, fin connaisseur des règles de son sport, Lepage deviendra lui-même arbitre de boxe.

12 cm X 16 cmFonds Stanislas Belle, MBSL, b12251b
Portrait en studio d'un homme torse nu et en shorts simulant les poings fermés un combat de boxe.

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1899Photographe: Photographe : Stanislas Belle

Stanislas Belle aimait photographier sa ville d’adoption. Ici, il nous offre une vue de la rue Lafontaine, l’une des artères principales de Rivière-du-Loup. Du même coup, cette photographie témoigne des tout débuts de l’électrification du Bas-Saint-Laurent. Mise en marche en 1888 à Fraserville, l’électrification des villages et des villes de la région n’est achevée qu’en 1945 lorsque le village de Rivière-Bleue, au Témiscouata, est enfin « branché » au reste du réseau. Le rythme de l’électrification est cependant plus lent pour les rangs et les fermes : un peu moins de la moitié sont raccordés au réseau en 1951, puis 85 % en 1956. Cependant, avec près de 99 % de fermes électrifiées en 1961, la campagne bas-laurentienne devance la moyenne d’ensemble du Québec rural (97,3 %). L’arrivée de l’électricité facilitera beaucoup le travail des photographes comme Stanislas Belle et Marie-Alice Dumont!

12 cm X 16 cmFonds Stanislas Belle, MBSL, b03433
Vue portant au loin d'une rue de Rivière-du-Loup bordée d'édifices commerciaux et dans laquelle des calèches sont tirées par des chevaux.

Ulric Lavoie

Après son frère Napoléon, Marie-Alice Dumont peut compter sur l’aide d’un second mentor : le photographe Ulric Lavoie (1889-1940). Au début des années 1920, Lavoie l’aide à perfectionner ses techniques de développement.

Lavoie reprend le studio de son patron Stanislas Belle, en 1914. Malgré de graves problèmes de vision se manifestant graduellement, il exercera son métier jusqu’en 1942.

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Environ 1930Photographe: Photographe : probablement Ulric Lavoie

Ulric Lavoie, natif de Rivière-du-Loup, débute sa carrière de photographe dans sa ville d’origine lorsqu’il reprend, en 1914, le studio de Stanislas Belle. Lavoie offre ses conseils à Marie-Alice quand celle-ci décide de se lancer en affaires. Malheureusement pour Lavoie, une maladie oculaire l’oblige à envisager le moment fatidique où il deviendra aveugle… Cruel jeu du sort pour un photographe! Il engage donc, pour l’épauler et éventuellement lui succéder, un assistant nommé Antonio Pelletier, qui rachètera le Studio Lavoie en 1942.

Fonds Stanislas Belle, MBSL, b20462
Portrait en buste d'Ulric Lavoie âgé d'environ 45 ans en studio.

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1915Photographe: Photographe : Ulric Lavoie

Les photographes professionnels sont souvent appelés à sortir des murs de leurs studios. Parfois, ils le font par curiosité personnelle. À d’autres occasions, des clients réclament leurs services afin d’immortaliser le déroulement d’un événement particulier. Est-ce de son propre gré ou à la demande des religieuses du couvent du Bon-Pasteur de Rivière-du-Loup que Lavoie se rend à la rue du Rocher en cette belle journée de printemps de 1915? Quoi qu’il en soit, le photographe fixe l’image d’un groupe de jeunes filles en train de préparer le jardin du couvent. Chacune doit accomplir une corvée précise : certaines préparent le sol à l’aide d’une binette, d’autres sèment des graines ou repiquent les semis, tandis que quelques-unes sont à l’arrosage. Les sœurs font confiance à leurs couventines! En effet, une seule religieuse est visible, tout au bout, à droite. Les garçons, eux aussi, s’affairent à la tâche, mais séparément, à l’autre bout du jardin.

25 cm X 20 cmFonds Ulric Lavoie, MBSL, l00765b
Groupe très nombreux de couventines affairées à l'entretien d'un grand jardin.

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1922Photographe: Photographe : Ulric Lavoie

Le début du 20e siècle, au Québec, est marqué par l’influence de la culture américaine dans divers domaines. Dans le milieu sportif, cette influence est perceptible dans la popularité que connaît alors le baseball! En 1922, année où ces trois fiers baseballeurs de Rivière-du-Loup se font tirer le portrait chez Lavoie, les Québécois sont de plus en plus nombreux à s’adonner à ce sport. Plusieurs ligues amateurs existent dans la province, et des Canadiens français jouent même pour de grandes équipes professionnelles américaines. Saviez-vous que le baseball est pratiqué au Québec depuis les années 1860?

12 cm X 16 cmFonds Ulric Lavoie, MBSL, l07118
Portrait en studio de trois hommes en uniforme de baseball sur lequel est inscrit "RDUL".

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Environ 1910Photographe: Photographe : Stanislas Belle

Ulric Lavoie est un habile retoucheur de photos. En grattant le négatif, il peut effacer certains détails d’un portrait. En le dessinant ou en le peinturant, il peut en modifier l’aspect afin de le rendre plus attrayant. On le voit ici en plein travail, installé tel un peintre devant son tableau, alors qu’il est probablement l’apprenti de Belle.

12 cm X 16 cmFonds Stanislas Belle, MBSL, b20036
Portrait d'Ulric Lavoie âgé d'environ 30 ans en train d'effectuer la retouche d'une photo pinceau à la main.

Aline Cloutier

Si elle fait exception en tant que femme, Marie-Alice Dumont compte plusieurs collègues masculins qui, à la même époque, exploitent un studio de photo au Kamouraska et à Rivière-du-Loup.

Cela ne veut pas dire pour autant que les femmes s’intéressent moins à la photo que les hommes. Plusieurs, en effet, font de la photographie comme amatrice. Aline Cloutier (1897-1987), dans le Témiscouata, est l’une de celles-là.

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1894-1990 [probablement entre 1910 et 1920]Photographe: Photographe : inconnu

L’aînée d’une famille de huit enfants, Aline Cloutier s’occupe, avec sa mère, de l’hôtel de Notre-Dame-du-Lac (Témiscouata), que son père tient avec succès jusqu’à son décès, en 1913. Cloutier passe donc ses étés à travailler pour ses parents! Elle en profite pour photographier les événements du quotidien. Son fonds d’archives contient aussi des photos d’autres lieux de villégiature, comme la Gaspésie avec son fameux rocher Percé. Les activités en plein air occupent une place importante dans les photos qu’elle nous a laissées.

15 cm X 9 cmFonds Aline Cloutier, MBSL, c115
Portrait d'Aline Cloutier âgée d'environ 15 ans avec en arrière-plan un lac et des collines.

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1894-1990Photographe: Photographe : Aline Cloutier

Photographe du quotidien, Aline Cloutier nous laisse des clichés parfois surprenants et touchants, comme celui-ci, de trois jeunes enfants prenant leur bain dans des bassines à peine assez volumineuses pour les contenir et installées sur la galerie d’une maison. Ce portrait est particulièrement dynamique : le mouvement se lit dans les gestes parfois flous des petits baigneurs et dans leurs regards pointant tous dans des directions différentes.

15 cm X 9 cmFonds Aline Cloutier, MBSL, c705
Trois jeunes enfants installés dans des bassines sur la galerie d'une maison faite de grosses pierres rectangulaires.

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1894-1990Photographe: Photographe : Aline Cloutier

Les photographes amatrices sont-elles plus enclines à conserver dans leur collection des clichés moins réussis ou moins sérieux? Apprécient-elles tout spécialement ceux qui sont plus spontanés ou plus intimes, comme ceux que nous conservons aujourd’hui dans nos cellulaires? On peut penser que c’est le cas pour Aline Cloutier : après tout, la jeune femme photographie pour son plaisir, pour se créer des souvenirs, non pas pour répondre aux demandes de la clientèle, comme c’est le cas la plupart du temps pour Marie-Alice Dumont. Prenons l’exemple de ce portrait flou, croqué sur le vif. Cloutier réussit à tirer un sourire (on imagine aussi le rire) à sœur Sainte-Germaine, supérieure des Filles de Jésus, dont le couvent est situé à Notre-Dame-du-Lac. Peut-être la photographe entretenait-elle une bonne relation avec les religieuses de son village, ce qui a rendu possible ce moment de gaieté que transmettent plutôt rarement les archives relatives aux communautés religieuses.

15 cm X 9 cmFonds Aline Cloutier, MBSL, c234
Portrait d'une religieuse souriant à la caméra sur la galerie d'un édifice en briques.

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1894-1990Photographe: Photographe : Aline Cloutier

Ne trouvez-vous pas que le rendu de cette photographie trahit le fait que la photographe est une amatrice? En effet, la lumière intense qui se faufile entre les cimes des arbres cause un flou qui dérange l’œil et la vue du baril sur lequel est placé l’appareil photo cache maladroitement, en partie, le sujet, tout en révélant les « moyens du bord » utilisés par la photographe pour prendre ce portrait. Pourrait-on penser que ces éléments de composition sont un choix délibéré? Quoi qu’il en soit, Aline Cloutier nous offre ici une fenêtre sur l’intimité d’une jeune femme vivant à l’époque émancipatrice du début des années 1940. Ses épaules laissées nues par le design de la robe, déjà, donnent un aperçu de l’évolution de la tenue des femmes. De plus, elle fume la cigarette, pratique devenue plus acceptable depuis la Seconde Guerre mondiale. Enfin, en regardant attentivement la photo, on remarque la présence de fils électriques en arrière-plan. Voilà un signe incontestable de la modernisation des campagnes au début du 20e siècle. En photographiant son entourage ainsi, Aline Cloutier se doutait-elle qu’elle documentait aussi une société en plein changement?

6 cm X 4 cmFonds Aline Cloutier, MBSL, c678
Portrait en extérieur d'une femme en robe échancrée assise sur une chaise jambes croisées et fumant une cigarette.

V
D'autres femmes photographes

Tout au long du siècle qui suit l’invention de la photographie (1839), les femmes affirment leur présence dans ce nouvel univers technique et artistique. Au Québec, elles sont employées dans de grands studios comme ceux de Notman à Montréal et de Livernois à Québec. On les retrouve aussi dans de petits studios de campagne, aux côtés de leur mari. Certaines deviennent photographes et possèdent leur propre entreprise, comme Sally E. Wood à Knowlton (1897), Marie-Alice Dumont à Saint-Alexandre-de-Kamouraska (1926) et Aline Lemay à Chicoutimi (1947). Les communautés religieuses s’intéressent aussi à la photo et possèdent parfois leur propre studio. C’est le cas des Sœurs de la Charité de Québec, et ce, dès la fin du 19e siècle.

« Pour devenir photographe, une femme devait travailler de manière indépendante et être propriétaire de son propre studio ».

L’historienne de l’art Lucie Bureau propose un regard fascinant sur l’histoire des photographes professionnelles et sur Marie-Alice Dumont.

D'autres femmes photographes

Sally Wood

Environ 1915Photographe: Photographe : Sally Wood

Sur cet autoportrait, Sally E. Wood, âgée de près de 60 ans, semble user d’un habile subterfuge pour se prendre elle-même en photo : le déclencheur à distance qu’elle tient probablement dans sa main droite (camouflée sous les algues) est placé hors de vue en étant probablement enfoui dans le sable. Selon l’historienne de l’art Luce Vallières, cet autoportrait tend à remettre en cause les normes de l’époque victorienne : pris à l’extérieur, il participe à critiquer le « confinement de la femme à l’espace domestique tel que voulu par les personnes au pouvoir dans la société occidentale à cette époque ». Que cela ait été ou non l’intention de la photographe, il demeure que Wood s’adonne ici, sur une plage de Long Island aux États-Unis, à une activité très populaire dans les milieux aisés du Québec depuis très longtemps : la baignade sur une plage de la côte est américaine!

Plaque sèche à la gélatine, 11,43 cm X 16,51 cmFonds Sally E. Wood, Musée Lac-Brome, BCHS202-S1-D8-P12
Sally Wood sur la plage vêtue d'une jupe foncée et d'une chemise blanche

Sally E. Wood

(1857-1928)

Apprentie du maître photographe John A. Wheeler, Sally E. Wood (1857‑1928) fut probablement formée à la photographie chez William Notman. À 40 ans, elle ouvre son propre studio de photo à Knowlton, dans les Cantons de l’Est, et l’exploite de 1897 à 1907. Comme Marie-Alice Dumont, Wood est célibataire, sans enfants et habite la maison familiale, qui est aussi son lieu de travail. En revanche, elle provient d’un milieu bourgeois et anglophone aisé, à l’instar des hommes et des femmes qui fréquentent son studio.

D'autres femmes photographes

Noviciat_Elmina Lefebvre

1912Photographe: Photographe : inconnu

Ce portrait montre l’intérieur de l’atelier de peinture du noviciat des Sœurs de la Charité de Québec. Au centre de la composition se trouve Elmina Lefebvre qui, flanquée de trois autres sœurs et munie d’un pinceau et d’une palette, fait mine de travailler son tableau intitulé La Maison de Lorette.

Négatif sur verreFonds Les Sœurs de la Charité de Québec, BAnQ-Québec, P910,S3,D3,P45
Elmina Lefebvre et trois autres Soeurs entourées de grandes toiles au milieu de l'atelier de peinture des Soeurs de la Charité de Québec.

Soeur Marie-de-l'Eucharistie (Elmina Lefevbre)

(1862 -1946)

Originaire de la Gaspésie, sœur Marie-de-l’Eucharistie (1862‑1946), ou Elmina Lefebvre, est restauratrice d’œuvres d’art, institutrice, professeure de beaux-arts et poétesse. Elle est particulièrement connue comme peintre et portraitiste de grand talent, puis comme photographe au sein de sa communauté religieuse. L’atelier de peinture des Sœurs de la Charité, chapeauté par Lefebvre, comprend un atelier photographique. Marie-Alice Dumont y aurait-elle acquis ses premières notions de photographie?

D'autres femmes photographes

Lemay et photographes

1954Photographe: Photographe : inconnu

S’il fallait une preuve visuelle qu’à l’époque de Marie-Alice Dumont, les femmes étaient moins nombreuses dans la profession de photographe que les hommes, ce portrait de groupe en constituerait peut-être une. En effet, parmi tous les propriétaires de studio du Saguenay réunis à Chicoutimi, en 1954, pour constituer « une association patronale au sein des photographes », Aline Lemay est la seule femme présente (vêtue en blanc, dans la première rangée).

19 cm X 24 cmSociété historique du Saguenay, P002, S07, SS1, P06642-1
Groupe de seize photographes dont Aline Lemay qui est la seule femme.

Aline Lemay

(1904-1996)

Au début des années 1920, à sa sortie du couvent, Aline Lemay (1904–1996) devient l’assistante de son père, le photographe Joseph-Eudore Lemay, qui tient studio à Chicoutimi depuis 1906. En 1947, au décès de celui-ci, elle devient propriétaire du studio, qu’elle exploitera pendant 20 ans. Aline Lemay devient ainsi la première femme du Saguenay à travailler dans un studio de photographie de la région. Elle excelle dans la chambre noire et dans le travail de retouche.

VI
Entrevue avec Marie-Alice Dumont

En 1981, Marie-Alice Dumont quitte la maison ayant abrité son studio de photographie pour partir vivre au foyer Villa Maria. Cette même année, des proches de la photographe, maintenant à la retraite, et le Centre d’animation et de diffusion culturelles du Bas-St‑Laurent organisent une exposition d’une cinquantaine de ses œuvres. C’est dans ce contexte que Dumont offre une entrevue à la caméra durant laquelle elle livre un précieux témoignage de sa carrière de photographe. Ces images vidéo, qui n’étaient jusqu’ici conservées que sur bobine VHS, sont les seules que nous conservons d’elle. Elles nous font découvrir une femme sympathique, simple, fière du métier qu’elle a pratiqué. La vidéo a été réalisée par Yvan Roy et Andrée Dionne.

Entrevue avec la photographe Marie-Alice Dumont (1981)