La famille

Capter le quotidien

Marie-Alice Dumont et sa famille

Défiler
Un vieil homme et un garçon d'environ trois ans assis dans l'escalier du perron de la maison des Dumont.

d1552

1925Photographe: Photographe : Marie-Alice Dumont

Voici l’une des photographies les plus connues prises par Marie-Alice Dumont. Réalisée dans les débuts de sa pratique, on y voit son père, Uldéric, pipe au bec, chapeau de paille sur la tête, le regard portant au loin, confortablement installé sur les marches du perron de la maison familiale. Origène Dumont, neveu de la photographe, observe son grand-père, l’air mi-gêné, mi-admiratif. Est-ce une mise en scène ou une scène croquée sur le vif?

8 cm X 13 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d1552
Un vieil homme et un garçon d'environ trois ans assis dans l'escalier du perron de la maison des Dumont.
Marie-Alice Dumont a fait des membres de sa famille des sujets récurrents de ses photographies. En cela, elle n’est pas bien différente des adeptes de la photographie amateur de son époque… et de la nôtre! Apprenez-en plus, dans ce chapitre, sur Marie-Alice et la famille Dumont.

d1573a

1925Photographe: Photographe : Marie-Alice Dumont

Cette fillette, probablement une nièce de la photographe, se retrouve fréquemment devant l’appareil de Marie-Alice Dumont : sur le perron de la maison, dans le studio, sur le terrain familial, seule ou en groupe. Ici, elle est vers la droite, à l’avant de la maison située au centre du village. Elle cueille une fleur. S’amuse-t-elle autant que la photographe derrière son objectif?

7 cm X 11 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d1573a
Une fillette debout sur le terrain de la résidence des Dumont observe une plante .

d8377

1894-1990 [probablement début des années 1940]Photographe: Photographe : Marie-Alice Dumont

François Dumont raconte dans des notes autobiographiques combien il était agréable, « à l’époque » de passer des veillées et des fins de semaine chez la parenté et chez les amis. On peut imaginer que c’est lors d’une telle visite que ce portrait de groupe a été pris par Marie-Alice Dumont. François, tout à l’arrière, à gauche, est en compagnie notamment de son père Uldéric et de son frère Joseph-Napoléon (au milieu), ainsi que de son beau-frère Émile Boucher (le plus grand de tous). Bien sûr, il y a toujours beaucoup de neveux et de nièces présents pour ces occasions.

13 cm X 8 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d8377
Un groupe familial composé d'une quinzaine de personnes de tous âges posé à l'extérieur

L’univers familial et domestique occupe une place toute spéciale dans la pratique de Marie-Alice Dumont. En effet, la photographe travaille le plus souvent chez elle. C’est un peu comme si elle faisait du télétravail, entourée de ses proches! Imaginez la scène : deux de ses sœurs deviennent ses assistantes, la chambre de sa mère se trouve derrière la grande toile du studio. Même la galerie de la maison devient une extension du studio.

Doit-on alors s’étonner que dès le début des années 1920 ses parents apparaissent dans des photos du quotidien? Dumont aime aussi photographier ses frères et sœurs, entre autres personnes. Parfois, les portraits qu’elle saisit sont d’une spontanéité qui révèle toute l’intimité qui existe entre la photographe et ses sujets.

Pendant quatre décennies, Marie-Alice Dumont photographie ses proches. Ces images nous permettent aujourd’hui de reconstituer quelques pans de l’histoire de sa famille. Explorez ce chapitre pour découvrir cette histoire.

II
Marie-Alice Dumont devant
l’objectif

d7169

1894-1990 [probablement années 1940]Photographe: Photographe : inconnu

Sur ce portrait, réalisé peut-être par l’une de ses assistantes, Marie-Alice Dumont se tient debout sur la galerie avant de la maison abritant son studio. Élégamment vêtue, s’apprête-t-elle à aller à la messe?

12 cm X 8 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d7169
Marie-Alice Dumont âgée d'environ 50 ans debout sur sa galerie et élégamment vêtue.

d7104

1920-1961 [probablement années 1930]Photographe: Photographe : inconnu

Le fleuve Saint-Laurent fait partie de la vie quotidienne de bien des habitants du Kamouraska. Ici, Marie-Alice Dumont teste la flottabilité d’un radeau rudimentaire lors d’une partie de baignade avec quelques-uns de ses neveux.

4 cm X 6 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d7104
Marie-Alice Dumont en maillot de bain debout sur un radeau rudimentaire.

Avant de présenter les membres de sa famille, rappelons que Marie-Alice se retrouve elle-même fréquemment devant l’objectif. En effet, la photographe aime bien réaliser des autoportraits, de temps à autre. En ce début du 20e siècle, on est encore loin de la mode du selfie, encore plus de celle de la perche à selfie. Essayez un peu d’imaginer un appareil photo gros comme une boîte à chaussures, installé au bout d’une baguette… Bien drôle d’image! Quoiqu’il en soit, cela n’empêche pas Marie-Alice de devenir son propre modèle à l’occasion.

Comment est-ce possible? D’abord, un déclencheur à distance lui permet d’actionner elle-même l’appareil. Marie-Alice dispose aussi d’un retardateur. Elle peut donc démarrer une minuterie qui lui donne quelques secondes pour se placer devant l’appareil.

Enfin, la photographe a certainement appris à quelques membres de sa famille à manier l’appareil photo, tout comme à ses jeunes assistantes qui se succéderont tout au long de sa carrière. Il semble que ce soit surtout avec l’aide de sa famille que Marie-Alice se retrouve devant l’objectif.

III
Les parents de Dumont : Uldéric et Marie

d1805

1925-1927 [probablement entre 1922 et l'automne 1926]Photographe: Photographe : Marie-Alice Dumont

Fille de François-Xavier Pelletier et d’Arthémise Garon, Marie Pelletier (1868-1932), née à Saint-Alexandre-de-Kamouraska, vient d’une famille de cultivateurs. Ses parents possèdent une terre dans le 5e rang de Saint-Alexandre lorsqu’elle épouse, en 1885, Uldéric Dumont, de 13 ans son aîné. Elle décède d’un cancer à l’âge de 64 ans. Si l’on en croit son fils Joseph-Napoléon, Uldéric « ne tarissait pas d’éloges pour cette femme si bonne, si chrétienne, si habile pour les travaux d’intérieur de ce temps-là, si compréhensive, si économe, si travailleuse et si forte dans les épreuves de la vie ».

8 cm X 14 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d1805
Portrait de studio en buste dans un décor dépouillé de Marie Pelletier âgée d'environ 55 ans.

d5587

1951 [au plus tard 1945]Photographe: Photographe : Marie-Alice Dumont

Fils de Georges-Létus Dumont et de Marie-Séraphine Anctil, Uldéric Dumont (1855-1945) est natif de Saint-Alexandre-de-Kamouraska. On le voit ici âgé d’environ 80 ans, posé par sa fille Marie-Alice. Sa femme, Marie Pelletier, est décédée depuis peu : il est donc veuf. Aux dires de son fils Joseph-Napoléon, Uldéric « a marché dignement sur les traces de ses ancêtres, tous des défricheurs et cultivateurs, tous de braves pionniers, modèles de courage, de constance et de persévérance ». Pas de doute que Napoléon admirait son père! Uldéric semble avoir fait l’objet d’une sorte de vénération au sein de la famille. À l’occasion de son 80e anniversaire de naissance, ses 56 petits-enfants encore vivants se réunissent pour lui adresser une lettre de louanges dans laquelle ils remercient leur « vénéré aïeul » pour ses « bienfaits ».

7 cm X 8 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d5587
Portrait de studio en buste d'Uldéric Dumont âgée d'environ 75 ans dans un décor dépouillé.

Marie-Alice peut compter sur ses parents, Marie Pelletier et Uldéric Dumont, pour l’épauler dans sa carrière de photographe. Ce n’est pas banal! À l’époque où elle décide de devenir photographe, les femmes qui exercent ce métier ne courent pas les rues. Encore moins dans une région rurale comme le Kamouraska, où les possibilités de carrière pour les femmes sont plus restreintes qu’en ville. Logiquement, Marie-Alice aurait dû suivre le même chemin que ses sœurs : se marier et devenir femme au foyer, ou bien se faire institutrice ou religieuse. Mais photographe? Et rester célibataire par-dessus le marché? Quelle idée!

Pourtant, Marie et Uldéric ne font pas qu’accepter le choix de vie de Marie-Alice : ils appuient activement leur fille « un peu spéciale », comme l’écrit son frère Napoléon. D’abord, ils lui permettent d’aménager un premier studio rudimentaire dans la toute petite maison du 5e Rang. Ensuite, lorsque toute la famille déménage au village en 1926, Marie et Uldéric acceptent qu’une grande partie de leur nouvelle demeure soit convertie en studio. Chaque jour, ou presque, ils tolèrent que des clients entrent et sortent de leur maison. Sa mère prête même à Marie-Alice une bonne partie de l’argent nécessaire pour l’achat de ce que nécessite le démarrage du studio Dumont.

Marie et Uldéric sont fiers de leur fille et amusés par son métier de photographe. Ils ne peuvent résister quand celle-ci leur demande de les poser pour s’exercer. Marie-Alice, espiègle, ira même jusqu’à les photographier en flagrant délit de sieste! L’artiste en herbe aurait-elle osé leur jouer ce tour s’ils ne l’avaient pas appuyée et si leurs relations n’avaient pas été au beau fixe? Après tout, qui aime se faire photographier à son insu? Il n’y a pas à en douter : Marie-Alice peut compter sur ses parents. Elle saura d’ailleurs leur rendre la pareille en s’occupant d’eux jusqu’à la toute fin de leurs jours.

d1547

1925Photographe: Photographe : Marie-Alice Dumont

Sujets privilégiés des premières photographies de Marie-Alice Dumont, ses parents Marie et Uldéric se prêtent volontiers aux expérimentations visuelles de leur fille. Ici, l’historienne de l’art Madeleine Marcil observe qu’ils semblent « très à l’aise » devant l’appareil. Uldéric, confortablement assis sur les marches du perron, fume la pipe et caresse le chat, le seul à regarder l’objectif. Quant à elle, Marie se tient debout, appuyée sur la rampe de la galerie. Elle tient, dans sa main droite, un chapeau de paille. Tout comme celui que porte Uldéric, c’est elle qui l’a fabriqué. Elle a aussi confectionné l’étoffe avec laquelle les habits ont été faits. Marie et Uldéric étaient des gens très débrouillards. Lors d’une entrevue réalisée en 1990, Réal Beaupré, neveu de la photographe, exprime la nostalgie qu’il ressent en observant ce portrait de ses grands-parents : « Disons que ça résume l’époque. Dans ce temps-là, ils prenaient le temps de s’asseoir, pis de caresser les chats ».

13 cm X 8 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d1547
Marie Pelletier et Uldéric Dumont en habits du quotidien et conversant devant leur maison.

IV
Les soeurs de Dumont

En plus de ses parents, les sœurs de Marie-Alice Dumont font aussi partie de ses sujets de prédilection. En effet, certaines d’entre elles apparaissent souvent sur les clichés de la photographe. On peut ainsi les voir évoluer, changer, au fil des décennies. En voici quelques-unes qui occupent une place toute particulière dans la vie de Marie-Alice : Elizabeth, Marie-Louise, Berthe et Emilia.

 

Les soeurs de Dumont

d1803

1925-1927 [entre 1922 et l'automne 1926]Photographe: Photographe : Marie-Alice Dumont

Elizabeth est ici posée dans le décor rudimentaire du premier studio aménagé par sa sœur Marie-Alice Dumont dans la maison familiale. Elle est âgée d’environ 15 ans.

8 cm X 14 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d1803
Portrait de studio d'Elizabeth Dumont âgée d'environ 15 ans.

ELIZABETH DUMONT

1907 - 1979

Elizabeth est probablement celle des sœurs Dumont que Marie-Alice photographie le plus. Zelta, comme on l’appelle dans la famille, aidera d’ailleurs sa grande sœur au studio de photo pendant plusieurs années.

Les soeurs de Dumont

d1783

1925-1928 [avant l'automne 1926]Photographe: Photographe : Marie-Alice Dumont

Marie-Louise, comme bien des membres de sa famille, permet à Marie-Alice de s’exercer en posant pour elle dans le premier studio de photo de cette dernière. Âgée d’environ 30 ans sur ce portrait, Marie-Louise est à une étape de sa courte vie durant laquelle ses béquilles doivent la suivre partout.

8 cm X 13 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d1783
Portrait de studio de Marie-Louise Dumont âgée d'environ 30 ans, en béquilles, dans un décor dépouillé.

MARIE-LOUISE

1895 - 1927

Sauf pour ses courtes années comme institutrice de rang, Marie-Louise a toujours vécu avec Marie-Alice. Malade, elle décède à l’âge de 31 ans seulement. Les portraits que la photographe prend d’elle sont parmi les plus saisissants de sa carrière. Sur les premiers, Marie-Louise apparaît parfois debout, mais rapidement, on la voit assise ou, comme ici, avec des béquilles. Les derniers portraits d’elle montrent parfaitement sa tragique fragilité et la ténacité avec laquelle elle supporte son handicap, une malformation de la hanche, durant les dernières années de sa courte vie.

Les soeurs de Dumont

d1428

1934-1939 Photographe: Photographe : Marie-Alice Dumont

La plus jeune des enfants Dumont pose ici dans l’escalier latéral de la maison-studio de sa sœur Marie-Alice. Elle est âgée d’environ 25 à 30 ans. Cela fait déjà environ une dizaine d’années qu’elle a prononcé ses vœux comme Sœur de la Charité. Dans une lettre datée du 21 mai 1928, alors qu’elle est âgée de 18 ou 19 ans, c’est avec beaucoup d’émotion que Berthe écrit à ses parents qu’elle prononcera ses vœux à la profession perpétuelle, le 16 juillet suivant. Après tous les « sacrifices » qu’il leur en a coûtés, à elle et à ses parents, pour « en arriver là », elle se réjouit de devenir, enfin, « l’Épouse du grand Dieu que nous adorons ». Elle écrit ne rien regretter et précise prendre « librement, de plein gré » la décision de consacrer sa vie « à Notre-Seigneur ».

6 cm X 11 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d1428
Berthe Dumont en habits de religieuse dans des escaliers extérieurs.

BERTHE

1909 - ?

Marie-Alice joue un rôle important dans l’éducation de Berthe. Elle lui fait la classe pendant deux années et la prépare pour sa première communion. C’est aussi elle qui la pousse à devenir membre des Sœurs de la Charité de Québec. En recevant le nom de sœur Sainte-Marie-Anne, c’est un peu comme si Berthe réalise pour elle-même le rêve que caressait Marie-Alice de devenir religieuse.

Les soeurs de Dumont

d1784

1925-1928Photographe: Photographe : Marie-Alice Dumont

Émilia, fille aînée de la famille Dumont et deuxième née après François, se marie avec Flavius Ouellet (1878-1961) en 1906, à l’âge de 18 ans (lui a 27 ans). Quand ils prennent ce portrait dans le premier petit studio de Marie-Alice Dumont, ils sont âgés respectivement d’environ 40 ans et d’environ 50 ans. Ils sont mariés depuis à peu près 20 ans et ont déjà eu 12 enfants ensemble… trois autres viendront encore!

6 cm X 10 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d1784
Portrait de studio en buste d'Émilia Dumont et de Flavius Ouellet âgés d'environ 35 et 40 ans dans un décor dépouillé.

EMILIA

1888 - 1978

L’été, Marie-Alice se rend parfois en vacances chez sa sœur aînée Emilia, à Kamouraska, sur l’île aux Patins. Plusieurs photographies témoignent de ces moments de détente et de joie qu’elle passe au grand air avec sa grande sœur et le mari de celle-ci, Flavius Ouellet. Surtout, on ressent la joie qu’éprouve la photographe d’être entourée de ses neveux et nièces.

V
Rosalie Bergeron

L’histoire de Rosalie Bergeron, sœur adoptive de Marie-Alice Dumont, est plutôt tragique. Née le 10 février 1916 à Sainte-Emmélie-de-Lotbinière, Rosalie connaît une enfance marquée par une grande pauvreté. Sa mère, Mary Lemay, est « morte de misère ». Son père, Philéas, est alcoolique et incapable de s’occuper seul de ses enfants. Par conséquent, Rosalie est mal nourrie, mal habillée et ne fréquente pas beaucoup l’école. Il y a fort à parier que de nos jours, la DPJ aurait été avisée de la situation.

d0151a

1923-1928 [1928-début années 1930]Photographe: Photographe : Marie-Alice Dumont

Rosalie Bergeron arrive chez les Dumont en 1928, à l’âge de 11 ans. Elle y reste jusqu’à quelques mois après son mariage, qui a lieu en avril 1945. Elle a alors 29 ans. C’est donc en compagnie de Marie-Alice Dumont que Rosalie traverse l’adolescence puis intègre la vie adulte. Elle est ici âgée d’environ 12 à 15 ans. Le portrait la montre en train de s’exercer à la broderie, une activité qu’apprenaient à maîtriser beaucoup de jeunes filles de l’époque. La mise en scène préparée par Dumont est plutôt sérieuse. Rosalie paraît appliquée, concentrée. Elle ne regarde pas l’objectif, mais ses mains ou le manuel d’instructions posé sur ses genoux. Bien que le portrait ait été pris en studio, le tout est censé revêtir un caractère authentique, naturel, faussement spontané. C’est comme si la photographe voulait nous dire : « Vous voyez cette jeune fille en plein travail? Cela fait partie de son quotidien. Elle sera une adulte, une femme responsable ». Ce portrait est un peu comme le symbole de la prise en charge de Rosalie par la famille Dumont après une enfance difficile.

11 cm X 13 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d0151a
Portrait de studio de Rosalie Bergeron en train de broder.

Un jour de décembre 1927, Philéas est retrouvé sans vie dans le wagon d’un train, emporté par une intoxication à l’alcool frelaté. Le corps du défunt est ramené à la maison familiale. Il y reste, déposé sur le sol, pendant plusieurs jours. Vous étonnerez-vous d’apprendre que les enfants se sont plaints de la mauvaise odeur?

Lorsque Rosalie, 11 ans, se retrouve ainsi orpheline, Napoléon, le frère de Marie-Alice, est prêtre dans la paroisse où la petite habite. Il est attristé par « la misère noire » dans laquelle vivent les enfants Bergeron. Il sait que ceux-ci vont mourir de faim et de froid si personne ne les prend sous son aile. Napoléon en parle donc à ses parents qui décident d’accueillir Rosalie chez eux.

d1809

1925-1927 [probablement hiver ou printemps 1928]Photographe: Photographe : Marie-Alice Dumont

En janvier 1928, Joseph-Napoléon se rend à Lotbinière chercher Rosalie (à droite) et sa grande sœur Marguerite (à gauche). Mais, à la grande surprise de Napoléon, elles ne possèdent aucun habit d’hiver. Rosalie n’a sur elle que des vêtements de coton tout troués. Impossible de faire le voyage en train et en charrette par 20 degrés sous zéro et par grand vent, accoutrées ainsi. Napoléon prête donc aux deux jeunes filles ses manteaux et ses gros bas de laine, et tous endurent le voyage glacial comme ils le peuvent. Sur ce portrait, l’un des premiers que la photographe prend des sœurs Bergeron, Rosalie et Marguerite sont habillées tout autrement. Elles portent des manteaux d’hiver bien chauds et à la mode. Leurs manteaux ont même de la fourrure, ce qui est un luxe. Quel changement! On est loin des « pauvres guénilles » avec lesquelles elles sont arrivées, comme l’écrit Napoléon. On voit que la famille Dumont a rapidement changé la vie de Rosalie.

9 cm X 11 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d1809
Portrait de studio de Rosalie et Marguerite Bergeron élégamment vêtues pour l'hiver.

L’histoire de Rosalie est intimement liée à celle de Marie-Alice. Pour notre photographe, Rosalie fut une sœur, une amie et une assistante pendant près de 20 ans. Les deux femmes restèrent toujours proches, comme en témoignent les nombreux portraits de Rosalie que Marie-Alice a légués à la postérité.

Ces photos nous permettent aujourd’hui de reconstituer quelques moments marquants de la vie de Rosalie. Elles couvrent les débuts de son adolescence, l’accompagnent dans ses années de jeune adulte, capturent son mariage avec Lorenzo et se terminent avec les dernières années de sa vie auprès de ses filles Céline et Pierrette. Apprenez-en plus sur l’histoire de Rosalie en cliquant sur les photos!

VI
Les frères de Dumont et sa famille élargie

François, frère aîné de Marie-Alice, et Joseph-Napoléon, son cadet de trois ans, sont aussi souvent photographiés par Marie-Alice, qui demeurera proche de ses frères toute sa vie.

d5472

1951Photographe: Photographe : Marie-Alice Dumont

Sur ce portrait pris en studio, le petit frère de Marie-Alice Dumont, Joseph-Napoléon, approche l’âge de 55 ans. Après plus d’une trentaine d’années à pratiquer la prêtrise, l’heure de la retraite arrive à grands pas. Napoléon pourra bientôt avoir tout son temps pour rassembler ses archives, rédiger ses souvenirs et l’histoire de sa famille. Quelle mine de renseignements et d’anecdotes nous a-t-il laissée!

11 cm X 16 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d5472
Portrait de studio en buste et dans un décor dépouillé de Joseph-Napoléon Dumont âgé d'environ 60 ans.
C’est Joseph-Napoléon qui, le premier, incite sa sœur Marie-Alice à embrasser la carrière de photographe.

On ne peut pas non plus passer sous silence la relation privilégiée que Marie-Alice entretient avec certains membres de sa famille élargie, en particulier avec son neveu Origène Dumont et la femme de celui-ci, Daria Lavoie (qui prendra le nom de son mari).

Quand la photographe part vivre dans un foyer pour personnes âgées, ce sont eux qui reprennent la maison-studio. Aujourd’hui, Daria Dumont est en quelque sorte la gardienne de la mémoire de sa « tante Alice ».

 

“Mon frère me disait : « Tu serais capable d’apprendre la photographie, c’est pas compliqué, tu pourrais vivre de ça. Aux prochaines vacances, je vais te faire découvrir la photo. » Il m’a envoyé un livre d’amateur et il m’a dit : « Étudie ça, pis on essaie ça durant les vacances ». ”
Marie-Alice Dumont (1981)

« Elle avait une belle personnalité. C’était une personne sage, toujours souriante, excentrique un p’tit peu. C’était une artiste. C’était la photographe du village, elle était respectée ».

L’historienne de l’art et photographe Madeleine Marcil s’entretient avec Daria Dumont, gardienne de la mémoire de sa tante par alliance, Marie-Alice Dumont.

d0343

1925Photographe: Photographe : Marie-Alice Dumont

On croit reconnaître sur ce portrait Mary April avec les trois enfants du ménage qu’elle tient avec François Dumont. Chacun porte un petit animal (des chats?). Origène, le plus jeune, pleure dans les bras de sa mère. Yvan, quant à lui, observe de près la petite bête qu’il a faite sienne. Félix, pour sa part, sourit, le regard porté au loin. À quel moment de la journée la photographie a-t-elle été prise? Que venaient-ils de faire? Que s’apprêtent-ils à faire? On ne peut que spéculer… L’environnement fermier dans lequel ils sont posés, toutefois, nous donne un indice de leur quotidien, marqué par les travaux et corvées nécessaires au bon maintien d’une propriété agricole.

7 cm X 4 cmFonds Marie-Alice Dumont, MBSL, d0343
Mary April sur le terrain de la ferme, avec ses trois enfants chacun tenant un chat dans ses bras.